Et la vie est dehors, dans - dedans quelque chose d'insoupçonnable. Les mots ne pèsent rien pour décrire cela, cette sorte de sensation, mais ils sont bel et bien et là.
La vie partout qui nous inonde, m'inonde et me submerge malgré les douleurs de ce qui est perdu.
Sur la table, des petits bouts de papier qui s'amoncèlent, s'éparpillent, se diluent. Une lampe, blanche qui m'éclaire dans la tiédeur de la maison. Des cigarettes, des téléphones qui ne
sonnent pas, des sommes de choses qu'il faut faire car il faut les faire, je n'y peux rien.
Ma fatigue est saine. Elle pèse mais ne fait plus mal. La solitude sonne juste. Au fond je suis toujours seul, jamais seul, accompagné par cette belle petite étoile invisible à l'œil nu, qui
veille sur moi depuis si longtemps.
Il n'y a pas ici les enfants criants et rieurs des quartiers populaires de dar bida, juste le froid, pénétrant jusque dans les os. Le passé et le présent, peut-être aussi le futur sont dilués en
une étrange et subtile forme de mélancolie. Mais le mot est-il juste ? Sans doute un peu, sans doute exagéré.
Je pourrais dire que c'est de la nostalgie mais cela ne me correspond pas, plus. Les bruits des villes parmi les villes sont lointains comme le sont les suppliques des muezzins de dar bida que
j'ai tant aimé écouter.
Le « tant perdu », le temps qu'il reste est dans la continuité de cette volonté de savoir qui m'a tellement envouté et depuis si longtemps que je ne saurais ni d'ailleurs ne voudrais la
dater. Quelle importance d'aligner des chiffres linéaires ? Aucune je crois.
Des cartons, des souvenirs, jonchent la maison. Des livres contre le mur. Des pensées qui se bousculent sans joie ni peine. La radio en fond sonore, les plafonds sont hauts et il y a des
résonnances.
Ecrire pour soi, pour moi, se donner l'énergie de le faire, c'est poser un acte de réconciliation avec un souvenir, un moment, un être... les travers de chacun, les coups de poing du destin. Des
époque révolues. Elles sont passées comme l'envie peut s'en aller sans que l'on puisse y faire quelque chose.
Des bouts d'arbre et de fleurs séchés, des briquets que je perds et retrouve, des petites joies, des amis qui sont toujours joyeux de me voir. Ils sont si doux.
Un agenda rouge, recouvert de rouge. A remplir. Plus tard. Demain, dans les heures qui suivent. Demain d'ailleurs des gens à qui parler. De choses « sérieuses ».
Un porte manteau rouge également, juste une veste grise dessus. Des informations que j'entends vaguement, au loin, qui évoquent l'excès du monde, son avenir déluré. J'ai appris à ne pas cesser de
m'y intéresser mais pas à m'y inclure.
Cette terre où je suis venu vivre sur une idée survenue de mon imagination ne ressemble à aucune autre de celles que j'ai pu connaître. C'est comme un passage à autre chose, autrement, que la fin
de mon addiction maladive a dû déterminer dans mon inconscient. Addiction, que ce mot est laid. Hideux. Mais si emblématique de situations inextricables dans lesquelles je m'étais enferré. Pas
seul mais bien seul au final car nous sommes toujours seuls et c'est plutôt mieux. Il y a des connivences, des gens qui comptent, des histoires avec ces personnes. Mais lorsque vient doucement le
sommeil des pommes, que les yeux s'évanouissent, les pensées qui précèdent les rêves, sont de la solitude pure.
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