Mardi 2 décembre 2008

 

 

Avril 2002

 

Poursuivons notre promenade parmi les chambres d’écriture

 

Après de longs et difficiles moments, j'ai fini par réussir à m'arracher de Marseille. Cette ville qui m'a si généreusement accueilli ces 8 derniers mois. La transition est brusque. Arles fille de la Camargue.

 

Arles devient nouvelle terre d'accueil en France. La vie et la curiosité se mêlent de nouveau. Je n’ai plus peur. J’ai oublié ma vie, mon histoire. Je n’ai qu’un seul but : oublier, m’oublier. Ne plus penser.

 

Les premiers jours sont ceux de la non-appartenance au lieu. Je me sens vivre et libre. J'investis un nouveau lieu, je construis de nouveaux repères, je lie des amitiés, et je reprends ma route et ma quête de la liberté.

La découverte et l'adieu irriguent chacun de mes pas, j'apprends à connaître et j'aime. L'émotion me submerge. Marseille va me manquer, mon frère aussi. Mais Casablanca me manque déjà terriblement.

 

Aujourd’hui, je ne suis plus sur le petit balcon face à la méditerranée, mais au bord du Rhône, à Arles. Une magnifique lumière du printemps éclaire la ville. Le soleil est chaud sur le visage.

 

Ce matin, j’étais dans une grande église. Elle est très ancienne et très sobre. Une belle musique remplie l’espace. Quand je suis rentré, on jouait de l’orgue, c’était la fin de la messe. C’est un endroit idéal pour se souvenir  de ma première visite du Monde avec François à la Vierge de la Garde. C’était déjà la 12 septembre 2001. L’air était clair et le ciel bleu sur Marseille.  Ce jour là  j’avais fait un vœu. Je me demande quel était-il ? S’est-il réalisé ? Finalement je suis un grand mystère. Mais c’est un défaut amusant !

 

Désormais je vais  plonger dans un nouveau temps, une nouvelle vie, à Arles, dans un petit studio sur la rue Sadi Carnot, sans date de retour chez mon frère, au gré de mes désirs. Avec David. Une vie normale avec des doutes et des inconstances mais surtout beaucoup d’amour et de respect.

 

David a le profil de ce qu’on appelle « l’homme de sa vie », il m’aime, il m’aime passionnément, et il attend le même amour en retour... J’aime David mais j’aime encore plus ma liberté, le sens de ma nouvelle vie... Et cela a un prix !

 

J’étais dans un dilemme, dans le désir avec la peur au ventre. J’avais un secret. Mon unique secret. Mon autre moitié. L’objet de mes amours. Ma liberté.

Le monde allait désormais tourner autour de cet homme qui lui faisait oublier tous les autres. Personne d’autre ne compterait autant que moi. Être aimé de lui. David vivait la passion, absolue. Elle ne pouvait être que poignante et tragique.

J’étais avec lui. Aimant et frustré. Mais Prêt à tout abandonner pour un rêve grand. Et toujours peureux. Dans une recherche désespérée de l’objet unique du désir. La liberté.

J’étais heureux et triste.  J’étais la, mais je ne pouvais plus continuer de regarder cet homme blessé, désorienté par la fulgurance de l’amour, pleurer, le pleurer, l’accompagner dans les larmes.

 

J’étais dans l’identification. Je rêvais. Je fantasmais. Je ne réfléchissais pas. Plus. J’avais mal. Le mektoub, j’y croyais fort. L’amour, j’y croyais aussi.  Mais  Je me rendais compte que je n’étais pas encore prêt de plonger dans la passion. J’étais en pleine bataille avec moi-même. En révolution. Le cœur en désordre.

 

L’histoire a duré un an, une année pleine d’amour, d’épreuves de maturité, des premiers pas vers mon indépendance, de nouveaux choix dans ma vie, de décisions sans aucune contrainte culturelle, de respirations…oui j’ai beaucoup grandi en l’espace d’une année sans le réaliser…sans me rendre compte que cela allait me servir bien plus tard... C’était grâce à David, à ma grande soif de liberté.

 

Pourquoi j’aspirais tant à être libre ? Pourquoi ce besoin irrépressible d’infini et d’absolu?

Aujourd’hui encore, je ne le sais pas. Aujourd’hui encore, je pleure quand je pense à ce moment précis. Maudit, un jour je serais maudit en amour.

 

Par un marocain
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Commentaires

on n'est jamais maudit en amour, les expériences font l'amour, et tu trouveras un jour le repos auprès de celui qui sera.... C'est la marche normale de la vie, le plus important pour toi devait être de te trouver toi d'abord, toi dans ta liberté, être toi. Amitiés, FX
Commentaire n°1 posté par Jj le 03/12/2008 à 09h32
Je ne sais quelles sont tes malédictions, nous avons tous les nôtres. Et nos rédemptions aussi, moins visibles et finalement tout aussi douloureuses. J'aime te lire car j'aime qui sait écrire "amour grand" plutôt que "grand amour" et parce que je balance toujours entre Paris et Marrakech-Casablanca, que l'odeur de Casa et ses cieux qui n'appartiennent qu'à elle, parce que les somptueuses misères de Marrakech ne me guérissent ni des humidités de ma campagne ni des riches errances de Paris. Parce que si j'écoute Faïrouz j'ai besoin de Schubert et que lorsque Allegri humecte mes yeux je pense aussi à Samir Joubran.
Commentaire n°2 posté par Henri-Pierre le 03/12/2008 à 11h40
Je reviens vous dire merci pour la découverte de Souad Massi. Délicieux venin.
Commentaire n°3 posté par Henri-Pierre le 09/12/2008 à 16h29
chambre d'écriture et chambre de musique..avec souad massi que j'ai aussi découvert par ton intermédiaire mais aussi par le phrasé et la ryhtmique des mots.On dirait un conte sonore qui défile ...Quant à la malédiction de l'amour quel vaste sujet ; maudit soit celui qui n'aime pas ! maudit celui qui n'est plus aimé ! maudit celui qui aime et qui souffre ... j'ai dans une maison de la médina de la Ville Rouge un livre où sont écrit les cent noms arabes de l'amour, de l'amour passion à l"amour tendre, de l'amour qui serre le ventre à celui qui transporte... la malédiction aurait donc t-elle autant de visages que l'amour ?... a bientôt...
Commentaire n°4 posté par viane08 le 09/12/2008 à 22h29
Bonjour, Venu ici sur les conseils d'Henri-Pierre, je découvre un véritable univers, un lieu où soufflent à égalité le besoin de dire et la pudeur des sentiments. Je suis sensible à votre amour de la liberté, si intense qu'il peut même mettre en péril un de ces liens si forts qu'ils nous font prendre conscience de notre épaisseur humaine, de ce que nous sommes au sein du monde, tant pour nous que pour les autres, dans la mesure où je le partage et où je sais, par expérience, à quel point il est souvent difficile de concilier une relation quotidienne et le besoin que l'on ressent de ne jamais mettre de bornes à son horizon. Soyez certain que je reviendrai vous lire, car vous écrivez bien et avec justesse. Par les temps qui courent, ce sont des qualités qui deviennent plutôt rares. Merci à vous. Bien cordialement.
Commentaire n°5 posté par jardinbaroque le 20/12/2008 à 17h57
Cher compatriote Merci à toi pour cet espace si touchant, merci pour ta sincérité, et la douceur de tes écrits. Marocain et homosexuel également, je ne peux que partager tes peines et espoirs. Je te souhaite ainsi qu’a l’ensemble de la communauté tout le bonheur du monde. Merci encore pour cette visibilité sur le web, l’agréable music, bonne continuation et au plaisir de te lire.
Commentaire n°6 posté par Mitly le 24/12/2008 à 21h23
Après avoir découvert cet espace hier, et après être touché réellement par cette manière douce et chaleureuse de narration je me pose maintenant certaines questions. J’ai beaucoup apprécié la romance et le côté romantique des histoires, celle avec David entre autre, mais je me demande si tout cela n’est pas un peu trop romancer, dans le sens ou malgré les fins moins joviales, ces histoires paraissent trop bonnes pour être vraies. Je ne porte pas nécessairement un regard négatif sur la communauté gay, loin de là, mais arriver à vivre des bouts d’histoires aussi passionnantes n’est probablement pas monnaie courante. Depuis que je suis tombé par hasard sur ton blog, en tapant « ëtre Gay au Maroc » sur Google, ma soif de récits poétiques, d’histoires d’amour entre garçons n’a fait que croitre depuis hier soir. J’ai renouvelé la recherche, et malheureusement pour moi je n’ai pas trouvé d’espaces d’évasion de qualité traitant de cas comme le mien ainsi que le tien.Donc je me permets étant curieux de t’inviter à nous parler davantage de ce David, ce que tu croyais partager avec lui en dehors du rêve et des plaisirs du corps … j’ai envie d’y croire en l’esprit poétique et amoureux qui es le tien, et je suis sur que beaucoup de Gay marocains et autre ne peuvent qu’en retenir un grand bénéfice. Et le fait de s’identifier comme chercheur de liberté gay, est qu’on n’occulte pas d’autres facettes ou vies ? cette passion est elle suffisante pour aboutir à une vie heureuse ? A très bientôt
Commentaire n°7 posté par Marocain 2 le 25/12/2008 à 19h32
salut excellent blog . Biz , Najim
Commentaire n°8 posté par Najim le 04/01/2009 à 01h33
Merci de nous parler de la Vie et de nous faire part de aspirations. A bientot
Commentaire n°9 posté par jean le 18/01/2009 à 13h43
Tu me manques, reviens
Commentaire n°10 posté par Henri-Pierre le 29/01/2009 à 18h10
salut mon ami moi karim de tetouan ... la premiere fois que visite ton blog ... il est superbe ... bonne chance et bonne Continuité ....
Commentaire n°11 posté par karim le 30/01/2009 à 19h32
Salut, doux ..comme une légère brise à la dérive... chaud tel un léger souffle qui précède un tendre bisoux amoureux.... tel est ton blog..... KHALID
Commentaire n°12 posté par KHALID le 04/02/2009 à 13h15
Tes textes sont très beaux.
Commentaire n°13 posté par _lvg le 19/04/2009 à 02h14
très joli blog. Quand je lis tes textes, je vois beaucoup d'images.
Commentaire n°14 posté par _un gay le 19/04/2009 à 02h18
slt tu px m'ajouter sur msn je veux parler avec toi d'aventage sur l'ommosexualitè
Commentaire n°15 posté par ucef le 25/04/2009 à 00h12

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