Mardi 25 novembre 2008




Ils se sont rapprochés de moi, très près de moi. L'un a mis une main sur mon épaule, l'autre a commencé à palper mes fesses. Ils semblaient très excités par mes fesses. Leurs visages montraient une détermination absolue. Ils n'allaient pas me lâcher facilement.


Je tremblais. Le temps ne passait plus. Aucun bruit. La peur de ce qui allait arriver. Mon corps qui n'en pouvait plus. Il était entrain de se transformer. Cela n'allait pas tarder à arriver : quitter définitivement l'enfance douce et terrible. J'étais en pleine mutation. J'allais vite devenir un homme. Je le voyais. Je le sentais. Mais je ne le comprenais pas.


Les yeux toujours méchants, ils avaient compris que j'avais peur, que je ne pouvais que leur obéir. D'un geste violent ils m'ont retourné sur le ventre pour avoir tout à eux mes fesses. Ils m'ont retiré le slip.


Personne n'avait été encore au fond de moi. J'avais encore une identité. Une histoire.


Le plus grand des deux était si prés de ma peau, dans un instant complètement nu. Se donner à lui, oui peut être oui, ailleurs.


Ailleurs, je l'aurai laissé pénétrer mon corps. Me donner du plaisir longuement par touches de sensualité. Explorer les lignes de ma peau. Me toucher et me mordre dans la lumière et l'obscurité.


Je ne trouvais rien à lui dire. Je me suis contenté de le regarder droit dans les yeux. Je voulais qu'il comprenne que je n'avais pas peur, qu'ailleurs je me serais donné à lui fier et heureux, mais qu'ici, sous sa loi, je ne pouvais que lui obier, malgré moi et sans plaisir lui obier. Visiblement il ne savait pas lire les signes des yeux.


Il était maintenant nu. Son sexe était dressé et, comme hors de lui, cherchait un chemin au milieu de mes fesses. C'est à ce moment là que j'ai réalisé ce qui allait physiquement m'arriver, se produire en moi. Exploser en moi. Pour la première fois. j'ai fermé mes fesses. j'ai fermé mes yeux. Avec force.

Il était sur moi. Il était lourd. Son odeur m'enveloppait tout entier. La sueur de son corps se mêlait à la mienne. Nous étions déjà liés que je le veuille ou non.


Il voulait plus. Vraiment entrer. Son sexe, de plus en plus dur, était en bataille. Mais je ne cédais pas. Autoritaire, vulgaire, l'autre a alors attrapé ma tête, ma tiré les cheveux,  "ouvre tes fesses!". J'ai ouvert mes yeux. Je me suis retourné vers lui. Il était surpris. Dans mes yeux, Il lisait enfin autre chose que la peur et la soumission. Cette soumission a transformé ma vision. Le désir n'est pas une douleur qu'il faudrait soulager. La bataille a commencé, plus violente qu'avant. J'étais en colère et excité. On se donnait des coups, on se roulait par terre. On ne jouait plus. C'était devenu une affaire d'honneur pour nous. L'honneur des hommes. L'honneur de nos vies futures.


Les choses ne se passaient plus comme ils avaient prévu. Je n'étais plus dans la peur, dominé et faible. J'étais capable de me battre et de résister. C'est à ce moment là qu'un passant m'a sauvé. Il a crié: " Arrêtez ! Arrêtez !".  C'était  visiblement un bon musulman. Ils se sont relevés rapidement. Ils se sont décollés de mon corps. Ils m'ont enfin quittés.


Je ne savais pas ou aller après ça, ou atterrir. Je commençais à courir. Pour sauver ma peau. Mon âme. Je courais, je courais. Je courais sans rien dire. Sans but. Je courrais vers moi inconnu, retrouvé. perdu. J'ai continué de courir. Toujours vite. Toujours vite  à en mourir. J'ai couru longtemps. Par la bouche grande ouverte, j'avalais l'air, je ne sentais plus mes pieds nus, sales.  J'ai couru toute la nuit avant de retrouver ma maison. Tout le monde a passé la nuit à ma recherche, mes parents, mes frères, mes soeurs, mes voisins...Tout le quartier était  chez nous. Et un seul homme en djellaba d'hiver était assis devant la maison, il m'attendait, il priait. C'était la première fois que je le voyais pleurer. Une tendresse infinie. Un abandon total. Un homme qui a oublié d'être un homme. Il pleurait et ses larmes inondaient son djellaba. Cet homme, qui ne parlait pas beaucoup, qui aimait le Prophète, c'était mon père, mon gentil père. Mon adorable petit père.


Quand je me force à retrouver des moments passés avec mon père, mon gentil père, c'est surtout ce moment la que je retrouve dans ma mémoire.


Je n'ai rien oublié de mon autre vie, de mon enfance. Je me rappelle tout maintenant. Ce garçon qui était grand arrogant et légèrement barbu. oui il était beau malgré tout.


Ma mémoire examine mon corps. Son corps a laissé son empreinte malgré tout. Une cascade d'empreintes. L'élégance des poils de son sexe, la courbe de ses fesses, la finesse de ses lèvres, la légèreté de ses cheveux, les proportions de son corps , le ton impératif, parfois perturbé de sa voix, les poils de ses joues, la largeur de ses épaules...je pourrais parler de son corps encore et encore. il est pour moi odeurs. il s'est imprimé en moi. son corps a marqué le mien.


Mais je reste révolté, je reste confiant. Car je veux encore, par amour, pour vivre, pour prouver que j'existe, que je pense, que je ressens... Je veux aimer encore et encore. Et j'ai à nouveau le contrôle de mon histoire.


Par un marocain
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