"L'homme aux longs cheveux bouclés", Abû-Nuwâs est l'un des poètes arabes les plus célèbres du 8ème siècle. Est-il le plus grand poète arabe? Le roi de la satire. Mais la grande affaire
d'Abû-Nuwâs, ce qui a établi sa renommée, c'est la poésie érotique et bachique. A travers son oeuvre, c'est son caractère qui transparaît, celui d'un jouisseur, d'un libertin, d'un chantre de la
joie de vivre.
Mieux que fille vaut garçon
J'ai quitté les filles pour les garçons
et, pour le vin vieux, j'ai laissé l'eau claire.
Loin du droit chemin, j'ai pris sans façon
celui du péché, car je le préfère.
J'ai coupé les rênes et sans remords
j'ai enlevé la bride avec le mors.
Me voilà tombé amoureux d'un faon
coquet, qui massacre la langue arabe.
Brillant comme un clair de lune, son front
chasse les ténèbres de la nuit noire.
Il n'aime porter chemise en coton
ni manteau de poil du nomade arabe.
Il s'habille court sur ses fines hanches,
mais ses vêtements ont de longues manches.
Ses pieds sont chaussés et, sous son manteau,
le riche brocart offert se devine.
Il part en campagne et monte à l'assaut,
décoche ses flèches et ses javelines.
Il cache l'ardeur de la guerre et son
attitude au feu n'est que magnanime.
Je suis ignorant, en comparaison
d'un jeune garçon ou d'une gamine.
Pourtant, comment confondre une chienne qui est
ses règles chaque mois et mit bas chaque année,
avec celui que je vois à la dérobée:
je voudrais tant qu'il vînt me rendre mon salut!
Je lui laisse voir toutes mes pensées,
sans peur du muezzin et de l'imâm non plus.
La trace d'un baiser
Toi qui effaces mon baiser,
tu t'étais pourtant laissé faire...
As-tu pris peur -je me demande-
que ton maître te réprimande?
Mais un baiser laisse son trace
qui montre bien que l'on t'embrasse.
Sais-tu ce qu'il te reste à faire?
Rien d'autre qu'à recommencer.
En voilà une belle affaire!
Reviens donc te faire embrasser!
Car je n'ai plus, sur ta joue ronde,
que ce baiser qui vagabonde.
Dieu me pardonne!
Il est vrai, ô mon Dieu : grande est ma vilenie,
mais Ta clémence, je le sais, est infinie.
Si , seuls, les vertueux osent garder l'espoir,
Qui donc peut invoquer le pécheur, en Qui croire?
Je t'implore, Seigneur, avec humilité.
Ne me repousse pas! Toi seul auras pitié.
Je n'espère qu'en Toi, bienfaiteur et clément,
car enfin, aprés tout, je suis un Musulman...
poèmes traduits de l'arabe, mais lus en arabe, c'est un autre délice... Ainsi parlait Abû-Nuwâs. S'il avait été vivant au 21ème siècle, aurait-il osé cette audace insolente et insolite? cette
impertinence?
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