Pendant plusieurs années, mon enfance, mon adolescence, l'essentiel de ma vie s'est déroulé dans ma chambre, une pièce qui donnait sur la rue 36. Quatre murs qui ne protégeaient pas vraiment des bruits de l'extérieur. Une chambre pour rêver, penser, enregistrer dans sa mémoire, dans sa peau, ce qui faisait ma vie, tout expérimenter, tout sentir et plus tard tout se remémorer.
J'ai des frères, des soeurs, beaucoup de frères et soeurs, je suis le petit dernier. Pendant longtemps me suis demandé si j'étais un enfant désiré, l'enfant de l'amour, pourtant j'avais la réponse, ma mère m'avait dit que s'est arrivé par hasard. Moi je pense que c'était pour assumer son devoir conjugal et rendre son homme heureux.
Même après avoir donné vie à plusieurs enfants, leur désir l'un pour l'autre était encore intact, mystérieusement intact.
Mais je suis un garçon, et un garçon est, quoi qu'il arrive, un signe positif, synonyme de bonne fortune, de richesse, de bonheur.
Je rêvais d'être fils unique, d'avoir un père, une mère rien que pour moi tout seul, c'est enfantin, je sais. C'est même idiot, pour certains. Je m'en fous. C'était comme ça dans ma tête, et
c'est peut être légitime de le penser.
Seul. Méfiant. Sans confident. Fou. A chaque pas, de plus en plus fou. A chaque pas heureux, triste. Je ne me rappelle pas tout de mon enfance. Je ne me rappelle rien maintenant à vrai dire. Mais
ça va venir je le sais...
Je vois des mots, j'entends des voix, je vois une image, la même image encore et encore. C'est flou, ça finira par se préciser. J'attends. Je n'écris plus...
C'est flou, c'est violent, c'est même très excitant. Je ne respire plus. Je ferme les yeux. Je me concentre davantage. Je me relâche. J'ai peur. Je regarde le ciel puis mes pieds un peu sales. Oui, c'est en train de revenir à ma tête, à ma mémoire, à mon corps. Je le sens. ça vient. Mon coeur s'emballe. Ma peau se détend. Je lève la tête, j'ouvre un oeil et je regarde ce qui descend. Je me souviens de tout maintenant...
C'est moi. Moi. Petit des années 80. C'était l'automne, en plein automne. Je marchais dans les impasses de mon quartier; à la recherche de je ne sais quoi. J'avais 11ans. L'enfance ne m'avait pas
quitté. Elle ne me quittera jamais d'ailleurs.
J'ai quitté mon quartier. Je me suis retrouvé sans l'avoir voulu dans un autre, loin de chez moi, en territoire inconnu. Un malheur allait m'arriver.
Le monde était vide, c'était un soir sans lumières, des maisons modestes, non finies, un décor désert, oublié depuis bien longtemps, sans vie, sans circulation, sans foule. Nous étions dimanche.
La peur m'avait choisi. Elle avançait vers moi. Elle me voyait bien. J'avançais vers elle. Je ne la voyais pas.
Deux garçons sont venus à moi. Ils étaient tout d'un coup devant moi. Je savais ce qu'ils voulaient, Ce qui m'attendait. Mais je ne savais pas quoi faire. ils étaient plus grands que moi,
légèrement barbus. Dans ma tête, je voyais déjà ce que nous allions faire. Se dénuder. Se toucher. Peut être plus. Moi petit. Eux grands. J'aurai pu crier, sauver ma peau..mais dans la peur je
m'interrogeais, que va-t-il m'arriver?
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