Lundi 24 novembre 2008




Pendant plusieurs années, mon enfance, mon adolescence, l'essentiel  de ma vie s'est déroulé dans ma chambre, une pièce qui donnait sur la rue 36. Quatre murs qui ne protégeaient pas vraiment des bruits de l'extérieur. Une chambre pour rêver, penser, enregistrer dans sa mémoire, dans sa peau, ce qui faisait ma vie, tout expérimenter, tout sentir et plus tard tout se remémorer.


J'ai des frères, des soeurs, beaucoup de frères et soeurs, je suis le petit dernier.  Pendant longtemps me suis demandé si j'étais un enfant désiré, l'enfant de l'amour, pourtant j'avais la réponse, ma mère m'avait dit que s'est arrivé par hasard. Moi je pense que c'était pour assumer son devoir conjugal et rendre son homme heureux.

Même après avoir donné vie à plusieurs enfants, leur désir l'un pour l'autre était encore intact, mystérieusement intact.

Mais je suis un garçon, et un garçon est, quoi qu'il arrive, un signe positif, synonyme de bonne fortune, de richesse, de bonheur.
Je rêvais d'être fils unique, d'avoir un père, une mère rien que pour moi tout seul, c'est enfantin, je sais. C'est même idiot, pour certains. Je m'en fous. C'était comme ça dans ma tête, et c'est peut être légitime de le penser.


Seul. Méfiant. Sans confident. Fou. A chaque pas, de plus en plus fou. A chaque pas heureux, triste. Je ne me rappelle pas tout de mon enfance. Je ne me rappelle rien maintenant à vrai dire. Mais ça va venir je le sais...


Je vois des mots, j'entends des voix, je vois une image, la même image encore et encore. C'est flou, ça finira par se préciser. J'attends. Je n'écris plus...


C'est flou, c'est violent, c'est même très excitant. Je ne respire plus. Je ferme les yeux. Je me concentre davantage. Je me relâche. J'ai peur. Je regarde le ciel puis mes pieds un peu sales. Oui, c'est en train de revenir à ma tête, à ma mémoire, à mon corps. Je le sens. ça vient. Mon coeur s'emballe. Ma peau se détend. Je lève la tête, j'ouvre un oeil et je regarde ce qui descend. Je me souviens de tout maintenant...


C'est moi. Moi. Petit des années 80. C'était l'automne, en plein automne. Je marchais dans les impasses de mon quartier; à la recherche de je ne sais quoi. J'avais 11ans. L'enfance ne m'avait pas quitté. Elle ne me quittera jamais d'ailleurs.
J'ai quitté mon quartier. Je me suis retrouvé sans l'avoir voulu dans un autre, loin de chez moi, en territoire inconnu. Un malheur allait m'arriver.


Le monde était vide, c'était un soir sans lumières, des maisons modestes, non finies, un décor désert, oublié depuis bien longtemps, sans vie, sans circulation, sans foule. Nous étions dimanche. La peur m'avait choisi. Elle avançait vers moi. Elle me voyait bien. J'avançais vers elle. Je ne la voyais pas.
Deux garçons sont venus à moi. Ils étaient tout d'un coup devant moi. Je savais ce qu'ils voulaient, Ce qui m'attendait. Mais je ne savais pas quoi faire. ils étaient plus grands que moi, légèrement barbus. Dans ma tête, je voyais déjà ce que nous allions faire. Se dénuder. Se toucher. Peut être plus. Moi petit. Eux grands. J'aurai pu crier, sauver ma peau..mais dans la peur je m'interrogeais, que va-t-il m'arriver?



Par un marocain
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Commentaires

toujours aussi agréable a lire. A quant la suite, tu écris trop bien continue
Commentaire n°1 posté par jlbb le 25/11/2008 à 12h52
C'est vrai que tu écris bien, sincèrement bien, ce que tu racontes ici est tellement empreint de réalité, de réalité toute nue, de réalité crue, que j'ai toujours plaisir à lire tes lignes, même si je ne mets pas toujours un commentaire, sache que je viens régulièrement te lire. Lire tes souvenirs, lire tes textes en écoutant Souad chanter... J'aime ton blog, et l'ajoute à mes préférés. Amitiés, Jj
Commentaire n°2 posté par Jj le 25/11/2008 à 19h10
Je ne sais si c'est pas pudeur, par douleur ou par choix, mais je constate que souvent tes souvenirs restent esthétiquement beaux. J'apprécie ta façon d'écrire et ça me laisse sur ma faim, le plus étrange et comme le dirait nos amis anglo-saxon "it's the story of my life". J'ai découvert ton blog à 1h30 du mat et je le parcours depuis (commentaires aussi)
Commentaire n°3 posté par un autre le 26/02/2009 à 03h29
Dans ton parcours et ton épanouissement, qu'en advient-il de ton rapport avec ta famille "biologique" et le Maroc.
Commentaire n°4 posté par un autre le 26/02/2009 à 03h31

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