Mercredi 30 janvier 2008

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Ma chère casablanca,

Sentiment étrange d'être loin, sentiment étrange de t'écrire, je me pose des questions sur ce que tu es devenue... Je joue seul à ce jeu magique, je ferme les yeux, je les ouvre, je te vois et puis je t'écris. Je me raconte les moments de joie ensemble...
Tu veux des nouvelles de moi?
Tu sais casa, en arrivant en france, il y avait un beau soleil, et maintenant il pleut...
Alors je suis miraculeuseument en route, dans la houle de ma passion, furieuse passion...
C'est le dialogue imaginaire de l'amour, un dialogue intérieur que je vis seul, qui m'échappe, qui me porte.
Aujourd'hui je suis une folle poussière, la folle poussière d'arles. Tu connais arles? Non! c'est pas grave...
Parfois mon cerveau s'emballe, alors je revis le passé. Lentement je m'émerge dans mon monde passé.. Un film se construit. Des élements apparaîssent : le décor, les multiples personnages, la varieté des expressions, des cartons, des tiroirs, du papier jauni, des photos sans couleurs...
Tu sais casa, la mémoire est chargée de rêves inaccomplies, de désirs à peine éxprimés.
Des évenements viennent troubler ma pensée. Pourquoi je suis si nostalgique ?
Je rêve de toi casa, de ma chambre, de mes amis, d'une manière d'être, de vivre. Ah mais je suis gay !! Ici c'est difficile, hostile même incompréhensible...Ne me dis pas ça!
C'est dans ma condition d'être humain qui vit, qui pense, qui aime que je me sens atteint. Et je me révolte contre ma condition humaine. Nous sommes renvoyés à la réalité de notre existence : être seul, affronter la vie et tracer son chemin. Ah finalement le lieu n'est pas important, ce qui est important c'est ce que nous sommes..!
Quand je pense à toi casa, à ta lumière, tes murs, le parfum de tes épices, tes vagues, tes rues, le bonheur me porte. Ce n'est pas un bonheur fermé, c'est le bonheur d'avoir partagé cela avec toi. Alors je collectionne et j'entretiens la mémoire des instants précieux..
Là en t'écrivant, (et c'est pour cela que j'écris j'en suis sûr) je suis avec toi, je vis et revis ce bonheur. Mais que vas-tu penser de cette lettre, un peu mélangée, je laisse venir les idées, les sensations, je cherche l'émotion en técrivant, et je la retrouve....Est-ce que je te manque ?
J'aimerais te revoir heureuse malgré tes malheurs.
Ton petit casawi
Par un marocain
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Dimanche 27 janvier 2008

La justice marocaine a maintenu des peines de prison contre six prévenus poursuivis pour homosexualité à la suite de la fête privée du mois de novembre dernier à Ksar El Kébir qualifiée par la presse de "mariage gay".
La Cour d'appel de Tanger a confirmé mardi la peine de 10 mois de prison contre le principal accusé, Fouad Friret, pour "homosexualité" et "commerce illégal d'alcool".
Elle a réduit de deux mois les peines des cinq autres âgés de 20 à 61 ans, dont trois avaient été condamnés à la mi-décembre à 6 mois de prison et deux autres à 4 mois.

Amnesty International s'est déclarée "préoccupée" par cette décision et a demandé la libération immédiate de "ces détenus d'opinion condamnés pour leur orientation sexuelle".

L'organisation de défense des droits de l'homme demande à l'Etat marocain de protéger ces six condamnés durant leur peine et après leur libération.

Elle insiste aussi pour que le Maroc dépénalise l'homosexualité "car l'article 489 du code pénal marocain qui la punit d'une peine pouvant aller jusqu'à trois ans de prison est contraire aux conventions sur les droits de l'homme signées par le royaume".

Si le Maroc choisit de pénaliser l'homosexualité alors on retire sa signature et on dit haut et fort que notre pays a choisit une autre voie que celle des droits de l'homme.!!
Si le gouvernement marocain veut réprimer l'homosexualité, il risque d'avoir du travail car des gays et des bisexuels, ça manque pas au Maroc! A moins que le gouvernement ne considère pas la bisexualité comme un penchant homosexuel!!

Autre fait, alcool commerce illégal. Mais depuis quand ? L'alcool se vend dans les supers marchés, les restaurants et les bars!!

Nous assistons à la regression des libertés individuels. Nous allons pas dans le bon sens. Bientôt on va assister à des mecs qui vont s'introduire chez toi pour vérifier que tu fais bien le ramadan ou que t'as pas de bouteille de vins chez toi.

L'hypocrisie d'une Nation. Elle condamne ce qui l'arrange!!!
Par un marocain
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Samedi 26 janvier 2008

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Son comportement est changeant : il peut être attentif et doux, social et  à l'écoute des autres puis soudain il se referme et devient distant et même parfois blessant. Ce caractère schizophrénique est une dominante du personnage qui passe ainsi d'un état à l'autre.

Orgueilleux et narcissique, il aime beaucoup plaire mais il ne fera pas le premier pas vers l'autre. Il utilise parfois son pouvoir de séduction pour manipuler les autres.

Mais il sait aussi avoir un grand respect pour les autres, une grande sensibilité et une grande intelligence envers leurs souffrances quand il se reconnaît dans celles-ci.

Il peut être enthousiaste, plein de projets mais il est aussi neurasthénique, sans énergie et déprimé.

Il sait prendre des décisions fortes et douloureuses pour lui même car il veut choisir sa vie même si son passé le rattrape en permanence. Ainsi pour gagner sa liberté, vivre librement son homosexualité, préparer son avenir, il a mis 2000 kilomètres entre lui et sa famille, entre lui et son pays Son exigence vis à vis de  lui-même lui donne la force de tout sacrifier s'il le faut.

Il tente ainsi de modeler le monde pour qu'il soit comme il veut, quand il veut. "Mes lunettes noires me permettent de voir le monde comme j'ai envie qu'il soit, voilà pourquoi je les garde."

Mais la nostalgie du Maroc le poursuit et produit chez lui une douloureuse crise d'identité. Alors il recherche le Maroc, mais surtout il recherche sa famille, Hicham, Younes.

Sa famille, c'est le souvenir de sa mère qui pleure son départ mais qui ne reconnaît pas ce qu'il est. Hicham c'est le souvenir d'un premier amour inachevé. Younes, c'est l'homme  avec qui il avait pourtant rêvé de faire sa vie mais ils se sont abondonnés.
L'existence de ces souvenirs dans son esprit et dans sa chair bloque son désir de s'épanouir.

Les années sont pour lui des épreuves : culturelles, affectives, intellectuelles, matérielles. Il doit faire front. Sa maturité et sa liberté passent par une victoire sur tous les fronts.

Le personnage est donc en pleine révolution d'où l'instabilité de son comportement et son narcissisme.
Son narcissisme, sa rigidité et sa froideur lui permettent en apparence d'affronter la vie, de se rendre important mais ce comportement est une tentative pour dissimuler sa fragilité, les mutations en cours.

L'effet de l'alcool qui dilue le Surmoi est en ce sens très révélateur du fonctionnement du personnage : détendu par la boisson, il est affectueux, fragile, ouvert, à l'écoute. Il quitte enfin son masque. Mais l'alcool n'est évidemment pas la solution.........
Par un marocain
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Lundi 21 janvier 2008

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Mardi 4 septembre 2001


Le car arrive à Marseille par l'autoroute qui survole le port. Pendant un an, je vais donc vivre ici et peut-être parvenir à conquérir ma liberté. Je l'ai choisi. Je redoute seulement la cohabitation avec mon frère.

       15 heures. Mon frère sur le quai de la gare routière me sourit, le car  arrête enfin sa course. Je l'embrasse ce frère presque inconnu. Naturellement je ne sens plus mes jambes. Le métro, un bus. Son appartement donne sur la mer. Il m'explique sa vie. Il n'est pas souvent à Marseille. Cet appartement est un pied  à terre. Je me sens bien. Mais je veux téléphoner à Younes. La cabine est au coin de la rue face à la mer elle aussi.

        Discussion simple. Il veut que je revienne bien sûr mais refuse toujours de me rejoindre ici et même de me rendre visite.

      J'ai trois semaines avant l'entrée à la Faculté. Je cherche tous les lieux gays que j'avais trouvés sur internet. J'explore ce nouvel espace.


Vendredi 7 septembre 2001

        Je sors de la cabine du coin de la rue Younes a pris de me téléphoner tous les soirs à 17 heures. Je rencontre mon premier Français ici à Marseille. Je parle quelques minutes avec lui et nous fixons un rendez-vous pour le dimanche soir. Je reste seul, je pense à Younes, à mes études, à ce Français (il s'appelle François).
       
        Oublier Younes, vivre ici. Commencer une nouvelle vie, avoir de nouveaux repères, rompre avec ce passé.


Dimanche 9 septembre 2001

        Je retrouve François sur le Vieux Port, il marche vite, nous faisons le tour du port. Il parle beaucoup. Le temps que je passe avec lui se superpose aux souvenirs des moments passés avec Younes.

          Où suis-je ?

        Chez lui, nous mangeons, il parle toujours. Son copain arrive. Il n'est pas libre. A Casablanca, j'aurais arrêté la relation aussitôt mais il me plaît. Et puis je veux oublier Younes. Mais je n'ai pas envie de sexe ce soir. Je lui promets un autre rendez-vous.


Mardi 11 septembre 2001

        Je le retrouve chez lui directement. La nouvelle des attentats de New York me perturbe beaucoup. Il n'est pas au courant, je lui annonce, il est indifférent, il pense vraiment à autre chose. Il me désire. Une promenade sur le port. Et nous faisons l'amour. Avec beaucoup de tendresse. Je me sens très à l'aise, ses caresses sont remplies d'émotions. Je suis avec lui mais aussi à Casa, à Rabat.

          En pleine nuit nous dansons sur le Vieux Port, une valse devant l'Hôtel de Ville. Il est comme ivre.

        Le lendemain, je visite avec lui ma première église, je découvre Marseille d'en haut. Je ressens la liberté, je profite de ma liberté. Légèrement amoureux aussi peut-être... Mais c'est bon de se sentir désiré par cet homme que je connais à peine. Mais il a copain et j'ai mon D.E.A..

          Comment sera mon avenir ?
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Par un marocain
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Mercredi 16 janvier 2008

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        - Votre date de naissance?

          Le médecin s'exprime en français, tant mieux ma mère ne comprendra pas.

        - 21 octobre 1977.
        - Vous avez donc 17 ans. A quel âge avez vous eu votre  premier rapport sexuel avec un garçon? Quel âge avait-il?
        - A  16ans, il avait mon âge.
        - Qu'avez vous fait ensemble?

        La question me déstabilise et m'exaspère. Je hais déjà cet homme. Pour lui mon amour pour Hicham se résume évidemment à savoir ce que nous avons fait avec nos sexes. Je reste muet.

        Il précise sa question inquisitrice :

        - Vous a-t-il pénétré ? L'avez vous pénétré?

        Je secoue la tête négativement. Pour l'arrêter dans ces questions cliniques et policières, il me faut vider mon sac d'un seul coup, à ma façon.

        - Je suis attiré par les garçons depuis mon enfance. Je n'en étais pas conscient bien sûr tout de suite. A la suite de ma rencontre avec Hicham, de la relation que nous avons établie progressivement entre nous, j'ai compris. Je veux vivre avec un garçon, je veux aimer un garçon. J'ai tout révélé à ma mère car je ne pouvais plus garder ce secret tout seul. Et en plus je me suis disputé avec Hicham.
        - Hicham?
        - Le garçon que j'aime.

        Je m'apprête à poursuivre mon exposé qui coule si spontanément maintenant. D'un signe, il m'empêche de reprendre la parole. Il prend quelques notes sous mon nom, lève les yeux vers moi mais puis s'adresse en arabe à ma mère.

        - Il ne doit plus voir le garçon qui s'appelle Hicham.

        Je ne peux pas voir ma mère, elle est assise derrière moi mais j'imagine sa satisfaction : elle a pris la décision de me priver d'Hicham avant le verdict de la science, avec son simple bon sens. Moi, je suis cerné. Par le bon sens de ma mère, par la science. Je me lève pour partir.

        - Attendez, je n'ai pas fini.
        - Je n'ai plus rien à vous dire.

        Il réplique sèchement en arabe :
 
        - Peut-être, mais tu vas écouter.

        Il se lève, arpente la pièce. Un policier. Le médecin a disparu.
Il poursuit, toujours en arabe :

        - Tu vas prendre des tranquillisants et des somnifères. Tu vas rester une semaine isolé du monde.

        Il s'adresse à ma mère en la fixant pour donner encore plus de poids à ses odieuses paroles, pour jouir de son pouvoir pour qu'elle s'incline devant les terribles résolutions.

        - Oui, il faut l'isoler de l'extérieur, des autres, de ses mauvaises fréquentations. Enfermez le dans une autre maison, dans un autre quartier si possible. En pyjama, sans chaussures, sans téléphone. Une semaine dans ces conditions. Aprés nous aviserons en fonction de son comportement.

        Je regarde ma mère, elle enregistre le discours avec respect et sans révolte. Pour elle, je suis malade, le médecin le confirme. Elle est prête à tout accepter pour pouvoir me soigner et espère-t-elle, me guérir. Par respect pour elle, je m'abstiens de réagir pourtant je suis fou de rage. Il se rassoit, rédige une ordonnance. Il se relève et raccompagne ma mère. Elle sort. Je suis cramponné au fauteuil. Il lui demande d'attendre, referme doucement la porte. Il ne s'assoit pas.

        - Oui ?
        - Aidez-moi !
       - Je vous aide, je vais même essayer de voue guérir pour que vous puissiez vivre normalement comme un homme. Mais vous devez le vouloir aussi. Obéissez à votre mère, suivez mes prescriptions. Voilà. Maintenant vous devez partir.

        Je sors sans serrer la main qu'il me tend. Comment le pourrais-je ? Homophobe peut être? Je ne sais pas encore ce que cela veut dire. Je ne comprends pas !

        Je marche sans rien voir, je sens ma mère qui me suit. nous rentrons en taxi. Toute la famille nous attend dans le salon quand nous arrivons. Les visages sont inquiets et tendres. Elle n'a pas révélé la vérité.

      - ..... a besoin de se reposer dans la maison de Leila une semaine. Il ne doit pas sortir, rencontrer personne.

        Les visages sont surpris mais acceptent ma mise en résidence surveillée officielle. Le soir même je suis obligé de quitter ma chambre pour emménager chez ma soeur.

    Toutes les prescriptions du médecin sont suivies et même dépassées. Je suis en pyjama et en chaussettes, je ne peux téléphoner et voir personne mais en plus je peux ni lire ni écrire. Alors je pense à Hicham toute la journée. Finalement cette cure qui devait me détacher de ma sexualité interdite la renforce. J'ai envie du corps d'Hicham et je repense à nos nuits ensemble. Mais je n'ai aucun espoir d'avoir le droit de partager du temps avec lui à nouveau. Pourquoi me sui-je disputé avec lui ? Pourquoi ai-je raconté la vérité à ma mère ? En une soirée j'ai perdu mon ami, la confiance de ma mère et ma liberté de mouvement. Je dois vivre cette nouvelle situation. Une situation qui va me poursuivre plusieurs années je pense car ma mère ne me lâchera pas. Les médicamants me sauvent : je dors 15 heures par jour.

Par un marocain
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Lundi 14 janvier 2008

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13 heures. La maison est silencieuse. Evidemment j'ai la tête lourde, les yeux qui piquent. Mon esprit ressurgit au monde par touches successives. Les événements de la nuit me reviennent à l'esprit, leur gravité s'est diluée dans la nuit. Je pense que je dois descendre affronter ma mére sans l'excuse de l'alcool. Tout se passera bien.

    Dans le salon en pyjama et pieds nus : ce n'est pas mon habitude mais je n'ai pas le courage de commencer cette journée en m'habillant. Seul m'importe de connaître le visage de ma mère aujourd'hui. Ma mère épluche des légumes dans un coin de la cuisine. J'ai l'impression qu'elle n'a pas quitté cette pièce de toute la nuit.

    - Que prépares-tu de bon?
    - Tu as rendez-vous à 16 heures chez le médecin.
    - Je ne suis pas malade, j'ai juste trop bu hier soir, c'est tout.
    - Tu es malade. Tu vas te soigner, nous allons t'aider. Tu dois être un homme, mon fils.

Cette phrase cruelle je l'entendrai encore souvent, comme un refrain. Je ne peux pas protester, je suis allé trop loin avec elle, par désespoir. Je jouerai l'hétéro avec le medecin et on verra bien. Je refuse la dispute avec ma mère, je l'aime trop. Même si elle me condamne. Je m'assois en face d'elle, elle se lève et passe dans le salon. Ma soeur est au téléphone.

    - Bonjour. Je veux parler à Hicham.

Je m'approche de l'entrée du salon.
Elle est debout, elle me regarde le visage impassible.

    - Hicham? ... Tu ne viens plus à la maison. Tu ne téléphones plus, tu n'essaies pas de voir...

Elle laisse un silence, baisse les yeux.

    - Je t'efface de ma mémoire.

Elle raccroche. Tout a été dit sur un ton parfaitement indifférent.

    J'accepte le médecin mais je ne peux pas supporter l'idée de ne plus voir Hicham. Je ne peux plus supporter ma double vie. J'exige d'être enfin Un. Un pour moi-même, Un pour les autres. En finir avec le secret. Le même ... tout le temps. Expliquer mes sentiments à ma mère n'a malheureusement pas de sens. Elle réagit dans la logique de sa culture. Hicham l'a trahi, a trahi sa famille, a mal influencé son fils. Elle l'efface. Sans discussions. Sans haines. Avec une implacable indifférence. Et moi pour l'instant, j'ai déclenché une catastrophe, et puis je suis privé d'Hicham.

    - Je sors.

Ma voix est ferme. Pas de remarques. Je cherche des chaussures - introuvables - J'enfile des vieilles babouches, tant pis je veux sortir, même pour m'asseoir sur le bord du trottoir d'en face. La porte d'entrée est fermée, la clé n'est pas à sa place. J'ai compris. Je dois accepter l'idée que je suis désormais en résidence surveilée. Je ne rêve plus. Quel que soit l'avis du médecin, la vie va devenir trés difficile à présent. Plus de sortie. Plus d'Hicham ! Qui alors ? Quoi alors ? Comment pense-t-elle organiser ma vie?

Seul au mileu du salon, entrechoc de la vaisselle dans la cuisine.

    - Tiens-toi prêt pour 15h30, je t'accompagne chez le médecin.

    14h00. Je n'ai pas le choix. J'ai 1h30 pour réflichir à la stratégie à adopter avec cet homme qui représente pour ma mère la Raison. Ma mère appliquera sa décision à la lettre, avec soumission et respect. Je ne trouve pas, ma pensée s'éparpille.

    15 minutes dans la salle d'attente. Ma mère et moi seulement dans cet intérieur étranger. Elle ne me regarde pas, elle est figée sur son siège. Je l'observe, elle me détourne encore plus. Alors j'étudie le décor de la salle pour m'occuper l'esprit. Un dessin trés précis du cerveau avec des annotations occupe le mur en face de moi : zone frontale, zone pariétale etc... Dans quelle zone va-t-il situer ma maladie ? Je souris. Je commence peut -être à me penser malade ? Le médecin m'appelle, je me lève, ma mère naturellement me suit. il l'arrête d'un geste ferme. Elle l'implore des yeux, il cède. Faible médecin qui ne sait pas se tenir à ses décisions. Je suis inquiet. Il s'assoit puis m'autorise à le faire aussi. Ma mère reste en retrait, sur une banquette derrière moi. J'attends les questions, des feuilles blanches sur le bureau semblent attendre ma confession écrite. Il me regarde fixement avec curiosité mais sans aucune sympathie. Il écrit quelques mots sur la première des feuilles blanches : mon nom. L'interrogatoire va commencer.

Par un marocain
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Dimanche 13 janvier 2008
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Lundi 3 septembre 2001


         Je regarde la mer de la fenêtre du ferry.  Une méditerranée plate, sans histoires. le casque sur les oreilles, j'écoute la cassette que Younes a enregistrée pour moi avant mon départ. 

            Le ferry est  presque vide. Quelques touristes français blaguent bruyamment. Je ne les entends pas.  Je suis submergé par le film de mes derniers moments à Casablanca, la folie de ce départ. Une rupture. Je refuse de regarder en arrière mais je viens à peine de quitter la terre marocaine et déjà je me sens si fragile.

Dimanche 2 septembre 2001

        Younes ne veut pas que je parte et il n'envisage pas de m'attendre pendant un an. La limite de son amour.
   
        - Tu auras une autre vie là-bas, je ne veux pas rester dans l'attente de toi, pars et sois heureux sans moi.

          Ainsi se conclut notre dernière nuit ensemble chez lui à Rabat. Une nuit en pleurs tous les deux. Au matin, je le laisse dormir et je m'enfuis discrètement à Casa en train.

            Je travaille lentement la séparation avec la famille, l'esprit brouillé par la nuit déjà lourde d'émotions. Et Younes ? Il ne m'aime donc pas assez pour comprendre la nécessité de ce départ pour ma vie, pour ma liberté. Alors il n'est pas pour moi. Je crois que si je choisis de partir à Marseille pour finir mes études, c'est pour ne plus revenir au Maroc. Je rêve de partager ma vie avec un homme tranquillement, et même d'adopter des enfants. C'est impossible ici.

Septembre 1994

            Depuis un mois je ne parle plus à Hicham. Il fréquente la maison, rit avec ma famille. Quand il est là, je m'enferme dans ma chambre et je refuse de le voir. Mon comportement énerve ma famille car bien sur elle ne connait pas la vraie nature de nos relations. Tout le quartier me reproche de ne pas l'accueillir. La pression de l'entourage est ainsi chaque jour plus forte, plus insupportable.

            Hicham bien sur c'est mon amoureux, le premier graçon que j'aime. Il dit qu'il n'est pas homo, enfin il ne veut pas le reconnaître. Je m'en moque car il m'aime sincèrement, naïvement. La cause de notre rupture actuelle : j'ai couché avec le meilleur ami de mon frère. Je ne voulais pas mais quand pour avoir un confident et du réconfort je lui ai dit que j'étais gay, il m'a dit qu'il avait envie de tenter l'expérience. Il a tellement insisté qu j'ai fini par accepter, j'avais peur qu'il en parle à mon frére. Bien entendu, ce n'est pas à mon frére qu'il en a parlé mais à Hicham. Il était fou de colère et de jalousie. Alors je me suis refermé sur moi-même car j'avais vraiment la sensation de ne pas être responsable de ce qui s'était passé, d'avoir subi. Je n'avais eu aucun plaisir. Mais Hicham n'a rien voulu savoir.

            Aujourd'hui je suis fatigué de cette situation mais je ne ferais pas le premier pas vers lui. Je bois, je bois beaucoup. De la bière. Je m'enferme la soirée entière dans ma salle de cinéma avec mes bières. Je passe six heures dans cette salle de cinéma à voir et revoir trois fois le film. Le patron me connaît bien, il ne fait pas attention à moi. A deux heures du matin, je sors enfin, je suis abruti par la bière et les images. J'appelle un taxi et je m'endors sur la banquette arrière. Le chauffeur me secoue soudain, la maison est là. Je m'avance lentement vers la porte. Et les clés? Mes clés? Je vais réveiller la maison, je ne réflichis pas, je cogne mes pieds sur la porte. Claquement des serrures. Ma mère surgit furieuse devant moi.

        - Tu as bu? Tu es malade?
        - Je veux rentrer.

        Elle me laisse passer, referme toutes les serrures. Je m'affale sur les banquettes du salon. Elle me dévisage froidement. Il est trois heures du matin. Elle attend une explication. J'imagine qu'elle veut des confidences. Je n'ai plus rien à perdre et je ne suis pas en état de résister à son regard perçant.

        - J'aime les garçons, j'aime Hicham, je suis amoureux d'Hicham. Je ne veux plus me cacher, je veux exister. Voilà, c'est tout.
            Elle ne dit rien, passe dans la cuisine. Je sais qu'elle va pleurer.
Par un marocain
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Lundi 7 janvier 2008

Peut on parler d'homosexualité au Maroc? Trés difficile mais essayons...


"L’homosexualité est un délit: L’article 489 du code pénal condamne l’homosexuel à des peines allant de 6 mois à 3 ans de prison ou à des amandes allant de 120 à 1200DH."  La législation pénale marocaine.

Un petit rappel oblige...Diversité de la population marocaine : berbères, romains, byzantins, phéniciens, arabes et juifs. Ceux qui croient que l’arrivée des Arabes et de l’Islam au 7è siècle a pu effacer toutes les traces des autres religions et traditions ancestrales qui sévissaient au Maroc depuis des siècles se trompe. Le Maroc reste la société arabe la plus africaine avec tout ce que porte le mot en sens profond.

Le Maroc est la société arabo-berbero-musulmane la plus ouverte, occidentalisée (avec la Tunisie). C’est la société qui a su, le plus, préserver ses coutumes et ses traditions et les marier avec un certain modernisme modéré. Elle a toujours été une société d’ouverture d’esprit, de liberté de mœurs mais cherchant toujours et par tous les moyens de rester intact par rapport aux civilisations étrangères qui ont, le long de l’histoire, essayé de la conquérir.

L’homosexualité a toujours existé et a toujours été plus ou moins tolérée au Maroc. Depuis toujours et jusqu’aux années quarante, la culture des éphèbes, musiciens, chanteurs, serviteurs et accompagnateurs lors des voyages, a été monnaie courante dans certains milieux bourgeois et politiques de la société marocaine. Ces éphèbes célébraient mariages, baptêmes, circoncisions et autres fêtes, mais pour une somme symbolique, ils étaient à la disposition du hôte pour le laver, le masser et lui procurer d’autres plaisirs physiques.

Avec l’indépendance, les nationalistes, les Imams et d’autres blocs exerçant du pouvoir au Maroc, ont essayé de diaboliser ces pratiques douces et ancestrales. Ils ont réussi, enfin à moitié. L’homosexualité, tout comme la prostitution féminine et surtout masculine, est presque tolérée à condition qu’on s’exhibe pas, qu’on s’affiche pas et surtout, qu’on en parle pas.

Deux cas dans la société marocaine :

- l’homosexuel qui ne s’affiche pas, il peut se marier, avoir des enfants tout en continuant à forniquer avec les pédés de service (donc c’est un bisexuel).

- l’homosexuel qui s’affiche : soit il est accepté et dans ce cas il y a deux cas aussi, l’homosexuel qui s’affirme et qui réussit à se faire respecter (c’est souvent un macho qui se dit actif donc on lui pardonne son petit vice passager) ou l’homosexuel qui ne veut pas parler de sa sexualité et qui réussit, lui, à imposer le silence, le non dit. Soit il est rejeté et à ce moment là il quitte la famille, les amis et peut-être son quartier, sa ville ou carrément son pays.

La famille marocaine est comme beaucoup de famille méditerranéenne est assez machiste. Elle préfère le garçon à la fille et le garçon viril, solide, costaud à son frère chétif, fragile, fin ou efféminé.
Dès que le garçon atteint la vingtaine on cherche à le marier. Malgré l’interdiction par la religion d’avoir des relations sexuelles avant le mariage, la famille pardonne les fracas d’un garçon coureur des jupons. Ca la rassure !
Si le garçon est homosexuel, passif donc, il est tout de suite amené chez un charlatan, un sorcier, une voyante ou dans la société citadine chez un psychologue. Il est malade et il faut absolument le guérir.
S’il ne veut pas guérir, donc il est hanté, il faut le rejeter avant que le mal s’empare de toute la famille.
Le pauvre homosexuel va se trouver contraint de quitter une famille qui l’a peut-être longtemps chéri.

Hélas! Outre la famille et la société, la religion comme la loi condamnent l'homosexualité au Maroc.
Evidemment ça ne doit pas être simple tous les jours d'être arabe musulman et gay!!! Mais sans faire une nouvelle lecture au coran , sans une réforme radicale á l'islam, sans faire tenter d'imiter l'exemple occidental dans sa lutte contre la pensée primitive, cela me semble difficile de vivre sa foi et cette orientation sexuelle. Apres tout, toutes les religions monothéistes sont à l'origine extremement homophobes. L'islam comme les autres - ca semble quand meme mal barré - pourrait évoluer.

Franchement il y a des jours c'est tellement déprimant d'être marocain...wa fiiiiiiiiiiiiinek à la société de tolérance ou chaque individu peu importe son orientation sexuelle était considéré comme un être égale à tous ses frères!!!.

Il est temps que les mentalités changent au Maroc, que l'on apprenne à accepter l'autre tel qu'il est. On ne peut rien contre son orientation sexuelle, elle vous tombe dessus comme cela, c'est une loterie et beaucoup d'homosexuels pensent que cela aurait été plus simple pour eux d'être hétéro mais comme on dit "hada ma 3ta allah" il faut faire avec.


N'y-a-t-il pas assez de problémes sur cette terre pour en ajouter d'autres? Aimer Dieu, c'est aimer les autres et aimer les autres, c'est s'aimer soi-même. Alors acceptez l'autre tel qu'elle/il est, Dieu ne vous en sera que plus reconnaissant. Et puis, n'oubliez pas que les femmes et les hommes sont des êtres imparfaits. Les goûts et les couleurs cela ne se commande pas, certains aiment les hommes, d'autres les femmes, d'autres les deux à la fois. Eh oui, cela  paraît contre nature  pourtant la nature elle est faite comme ça, il n'y a pas que des blancs, il y a aussi des noirs, des métis, des jaunes, des grands des petites, des gros et des petits..

Bref tout ce que je peux  souhaiter à mon maroc, c'est de continuer son ouverture. La route sera encore longue, je le sais, mais bonne route vers une société vraiment ouverte, qui ne s'en portera que mieux.

Inch Allah !


Par un marocain
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